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Défense des enfants international
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Aspects médicaux et éthiques des tests de dépistage de drogues… Entretien avec le Dr Paul Bouvier
  
[ Bulletin DEI, marzo 2004 Vol 10 No 1 p. 9, 10 ]

Le Dr Paul Bouvier est médecin directeur du Service de Santé de la Jeunesse, à Genève. Il est, entre autres, l’auteur d’un article sur l’introduction de dépistages dans des écoles privées de Suisse romande, intitulé «Dépistages non volontaires de drogues à l’école: sont-ils utiles, sont-ils acceptables? 1»


Bulletin: Où en est-on en matière de fiabilité des tests de dépistage?


Dr Paul Bouvier: L’offre des tests de dépistage est un marché en pleine expansion. Des tests nombreux et variés sont maintenant disponibles par Internet. Des sites proposent parfois en même temps à la vente des tests et des kits qui permettent d’en biaiser les résultats! C’est dire l’absurdité et le peu de fiabilité de la démarche!

Sur le plan technique, les tests ont tendance à devenir plus performants, mais leur fiabilité ne change rien aux réserves émises quant à leur utilisation et à l’interprétation des résultats. C’est avant tout une question d’éthique, et les implications juridiques ou médicales de l’utilisation de ces tests restent identiques quelles que soient la qualité ou la fiabilité des tests.


Bulletin: D’un point de vue médical, les tests de dépistage peuvent-ils constituer une bonne mesure de prévention de consommation de drogue?


Dr Paul Bouvier: Certainement pas. Les tests ne constituent pas du tout une mesure de prévention. Au contraire, il est démontré qu’ils sont inefficaces dans ce domaine, en particulier dans le cas des élèves et des apprentis, situation qui nous concerne ici. Il n’existe que deux situations où ces tests peuvent avoir leur raison d’être: premièrement, dans le milieu du sport où le sportif s’engage moralement à respecter des règles et à adopter un comportement sans drogues et où la pratique répétitive des tests peut avoir un réel effet dissuasif.

Deuxièmement, dans la situation où un patient entreprend une démarche de sevrage avec une prise en charge médicale. Il passe alors une sorte de contrat avec son médecin et l’usage de tests permet de vérifier s’il respecte le contrat auquel il s’est engagé. On est là dans le cadre d’une relation thérapeutique et d’une démarche volontaire du patient.

Dans le cas des tests sur les élèves d’un établissement ou sur les apprentis, il en va différemment. On a affaire à des jeunes qui vivent dans une société qui, quotidiennement, les encourage à la consommation d’alcool, de tabac, etc. De plus, la pratique montre qu’il peut y avoir des faux-négatifs (certaines substances ne sont pas détectées par le test), des faux-positifs (la prise d’un sirop contre la toux contenant de la codéine, substance dérivée de la morphine, peut amener à un résultat positif) et qu’il existe des kits permettant de falsifier les résultats. Quand il s’agit, en plus, de soumettre au test tous les élèves d’un établissement, on ne peut pas parler de contrat, de démarche volontaire ou thérapeutique comme dans les exemples précités. Enfin, on ne peut pas soumettre ces jeunes à un test de nature médicale dont les informations seront interprétées pour le garder ou l’exclure de l’établissement. Ces tests ne devraient donc jamais être utilisés dans le domaine de la prévention auprès des élèves, des apprentis ou des employés d’un établissement ou d’une entreprise.


Bulletin: Quelles suites doit-on donner à un test de dépistage positif?


Dr Paul Bouvier: Ces tests n’ayant pas leur place dans un cadre de prévention, il n’y a aucune suite à donner à un test exécuté dans ces conditions. Ainsi, un médecin qui serait consulté par une direction d’école pour donner suite à un tel test devrait immédiatement se récuser. Du reste, l’Association des médecins du canton de Genève (AMG) a pris la décision, entièrement fondée, d’interdire à ses membres la pratique de ces tests dans ce contexte (ndlr: voir la Charte de l’AMG, ci-dessus).

Il existe heureusement d’autres approches, efficaces et respectueuses des droits de la personne, que l’on utilise en matière de prévention de la consommation de drogues et d’alcool. Actuellement, dans les établissements scolaires suisses, on privilégie une approche progressive qui se base sur l’observation de la capacité de travail de l’élève. Si on observe une incapacité de l’élève à suivre le cours ou à travailler, ou si son état est jugé douteux, une démarche est entreprise avec l’élève ou l’apprenti.

Elle commence par un entretien dans lequel l’enseignant fait part de ses observations, interroge l’élève, lui rappelle les règles de l’établissement et fixe avec lui des objectifs. En agissant de la sorte, les enseignants montrent qu’ils sont attentifs au comportement et à la santé de l’élève, et engagent leur responsabilité; mais cela est envisagé dans la perspective des résultats scolaires ou professionnels. Dans un deuxième temps, si l’incident se répète, les parents sont convoqués, puis le directeur, enfin, dans un quatrième temps, des intervenants professionnels. Toute cette démarche se base sur une observation de l’élève et non sur les résultats d’un test. Le jeune est ainsi pris au sérieux et la relation de confiance avec l’enseignant, la direction et l’ensemble de l’institution peut être préservée, tout en appliquant des règles claires.

En matière de prévention des toxicodépendances, il existe des cours d’éducation à la santé, avec une information sur les substances et leurs effets, donnés par des professionnels en éducation pour la santé. Il revient aussi aux écoles de rappeler les règles de l’établissement. Pour éviter que cette information ne soit contre-productive, elle doit être accompagnée par une démarche globale de promotion de la santé dans l’environnement scolaire et d’un comportement cohérent des adultes qui entourent les élèves, en particulier des enseignants. Il est enfin important que l’école mette à disposition un personnel spécialisé, bien informé, qui puisse répondre aux interrogations des jeunes dans un cadre confidentiel. En cas de consommation de drogues, alcool ou autre, les infirmières, médecins, psychologues ou conseillers sociaux pourront aussi accompagner le jeune dans une démarche d’aide à la désaccoutumance. Cette approche se base sur une relation de confiance qui doit toujours subsister entre l’élève et les enseignants et qui est par contre terriblement malmenée par le recours aux tests.


Bulletin: Est-ce que, malgré les condamnations de cette pratique venant des milieux médicaux, du Préposé fédéral à la protection des données et de la Commission fédérale pour la protection des données, la pratique des tests dans les entreprises et les écoles se poursuit?


Dr Paul Bouvier: Les écoles privées genevoises, ainsi que certaines entreprises comme Emile Frey à Genève, ont abandonné le recours aux tests de dépistage. Cela ne semble pas être le cas dans tous les cantons, mais les données manquent. Les écoles privées du canton ont adopté l’intervention progressive, basée sur l’observation. Toutefois, aux Etats-Unis et récemment en Angleterre, il semble que le vent soit contraire et que les autorités recommandent aux milieux scolaires de pratiquer ces tests. Les enseignants anglais se mobilisent contre cette proposition, comme le font depuis longtemps leurs collègues américains.

En conclusion, ce dossier passionnant nous a permis de faire des progrès considérables en nous plaçant dans une situation limite qui nous a obligés à clarifier des valeurs et à affirmer des principes éthiques fondamentaux dans la prévention des toxicodépendances. À mon avis, cela confirme bien qu’aucune action préventive n’est efficace si elle n’est pas d’abord fondée sur une éthique solide et sur le respect des droits de la personne.

1. In Médecine et Hygiène, N°2232, 25 novembre 1998, pp. 2282 - 2290.






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