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Défense des enfants international
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Enseignement des religions en milieu scolaire: état des lieux dans les cantons romands
  
[ Bulletin DEI, marzo 2004 Vol 10 No 1 p. 10, 11, 12 ]

Par Laurence Naville, juriste

Depuis plusieurs années déjà, les cantons de Berne, Fribourg, Vaud et Jura ont introduit un cours d’histoire des religions destiné aux élèves âgés de 9 à 16 ans, sur la base d’un programme préparé par l’Association Enseignement biblique et interreligieux romand, abrégée «Enbiro». Cette association est constituée de délégués des départements de l’Instruction publique et de représentants catholiques et protestants des cantons concernés. Cette démarche s’explique par la nécessité d’inculquer aux enfants et aux adolescents des connaissances générales de la tradition judéo-chrétienne. Au cours des trente dernières années, l’enseignement religieux en milieu scolaire est en effet devenu soit facultatif, soit inexistant, sauf en Valais. Ce retour de balancier est en partie dû à deux facteurs: une prise de conscience de l’augmentation très sensible du nombre d’élèves de confession musulmane et la constatation d’un analphabétisme spirituel qui pourrait mener à des «dérapages» xénophobes et racistes. Le canton du Valais a adopté également, à la rentrée 2003, le programme Enbiro, se décidant à abandonner les cours obligatoires de catéchisme traditionnel; cette transition ne se fait pas sans heurts, comme nous le verrons plus loin. Le canton de Neuchâtel, imprégné d’une forte tradition laïque, a aussi mis sur pied un enseignement des cultures religieuses et humanistes, fondé sur une approche historique et interdisciplinaire; celui-ci couvre aussi bien une initiation au judaïsme et au christianisme, qu’au christianisme orthodoxe, à l’islam et aux religions orientales. A Genève, un groupe de travail analyse actuellement ce programme et se prononcera très prochainement sur son contenu.


Support de l’enseignement


Choisi par plusieurs cantons, le matériel d’enseignement de l’Enbiro a été mis à jour et modifié l’année dernière 1. La pluralité des nationalités et religions composant, de nos jours, les effectifs scolaires a en effet incité les auteurs des manuels à élargir le contenu de cet enseignement aux autres religions tels l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme. Permettre aux enfants et aux adolescents de mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent et d’intégrer des croyances diverses, en vue d’une plus grande tolérance, tel est le défi lancé par ces nouveaux manuels didactiques.

Intitulé «Au fil du temps», le premier volume de la collection «A la découverte des religions», distribué à la rentrée scolaire 2003, est destiné aux enfants de troisième année primaire. Il aborde entre autres la vie du Roi David, celle de Jésus en Galilée et à Jérusalem et évoque des figures féminines emblématiques de l’Ancien Testament, d’autres croyances et de la mythologie, en parallèle avec des femmes du XXème siècle. Une introduction à la religion musulmane et un résumé de la vie de Mohamed le Prophète sont précédés de l’image d’un arbre généalogique stylisé, montrant les racines communes aux trois religions monothéistes. Des fiches de travail complètent cet ouvrage.


Laïcité et neutralité confessionnelle en Suisse


Il est indéniable que les mutations démographiques des vingt dernières années ont impliqué un effort important d’intégration des minorités religieuses à tous les niveaux et principalement à l’école. Ce devoir d’intégration a pour base le principe suisse de neutralité confessionnelle relative de l’Etat, dont il faut ici rappeler l’origine.

Fruit d’un compromis historique qui mit fin aux discordes religieuses, le principe constitutionnel de la liberté de conscience et de croyance fut intégré à la Constitution de 1848 et à celle de 1874, et repris dans la nouvelle Constitution de 1999 avec la teneur suivante:

«Art. 15: Liberté de conscience et de croyance

1. La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2. Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3. Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4. Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.»

Cette norme constitutionnelle induit pour l’Etat des obligations négatives et positives; il doit notamment s’abstenir d’entraver la manifestation des convictions religieuses, protéger l’exercice légitime des activités religieuses et favoriser cet exercice. Toute restriction à ce droit fondamental doit être motivée par un intérêt public prépondérant. Il n’existe pas en Suisse un principe de laïcité pur, à l’instar de celui qui prévaut en France, qui voudrait que l’Etat se comporte comme si la dimension religieuse n’existait pas.

Par le biais de l’article 15 de la Constitution, l’Etat reconnaît donc la religion comme un élément intrinsèque du développement de toute civilisation 2. Comme le dit le professeur Rouiller, «La Confédération et les cantons ne sont pas des Etats laïques dont la Constitution ferait abstraction du phénomène religieux, mais des Etats relativement neutres du point de vue confessionnel. Ils ont conservé des références officielles au christianisme ou du moins au monothéisme, comme marques extérieures de ce concept.» 3.

Parlant du champ spécifique de l’enseignement public obligatoire, le Professeur Rouiller relève que: «[ ..] la neutralité confessionnelle relative n’interdit pas à l’Etat de marquer une certaine préférence pour les confessions traditionnellement majoritaires dans le pays, à condition que l’ordre public permette de le faire sans discrimination.»


Qui doit enseigner l’histoire des religions et de quelle manière?


La question de savoir qui est légitimé à former les élèves dans ce domaine est incontournable. Les cantons ne s’accordent pas sur le type d’enseignant, certains donnant la préférence au maître de classe, d’autres à un professeur ad hoc. Il est par contre clair pour tous les cantons que l’enseignant devra éviter tout prosélytisme et que son cours ne devra pas répondre à la question «pourquoi croire», mais donner une compréhension neutre de la pluralité des religions.


Polémique dans le canton du Valais


Le 15 janvier 2004, une pétition signée par 2000 citoyens valaisans a demandé au Grand Conseil le retrait du matériel pédagogique introduit en septembre 2003.

Selon les pétitionnaires, cette méthode ignore le climat religieux très catholique du Valais et néglige les particularités valaisannes; avant d’aborder l’étude des religions autres, l’enfant doit recevoir un enseignement de base catholique, de peur qu’il ne perde sa «culture valaisanne» 4. Il est, entre autres, reproché au premier volume de traiter Jésus-Christ sur un pied d’égalité avec Mahomet; de ne pas faire assez ressortir la nature divine du Christ; de contenir des thèses «féministes socialistes» et de stigmatiser l’attitude du gouvernement suisse envers les juifs persécutés.

Dans cette polémique, l’évêché valaisan a aligné sa position sur celle de l’Etat, à la grande déception des parents récalcitrants qui avaient, à titre de protestation, retiré leurs enfants du cours de religion, utilisant la «clause de conscience» de la loi valaisanne sur l’école. En outre, des politiciens ont décidé de combattre à titre personnel cet ouvrage, en faisant, avec le dépôt d’une plainte pénale, un «procès d’intention» aux auteurs des manuels 5.

Si l’on sait que l’islam est devenu la seconde religion dans le canton du Valais et que l’on est convaincu, au même titre que le philosophe Jean Romain que «[..]l’inculture attise l’obscurantisme» 6, cette prise de position d’une minorité, qui prêche pour conserver une préséance de la religion catholique, en maintenant des cours de catéchisme obligatoires, est regrettable.

L’école constitue le cadre éducatif idéal pour ouvrir l’esprit des élèves à d’autres cultures et religions. Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que l’école n’a pas la capacité de gérer seule la nouvelle donne issue des changements démographiques et culturels; les débats passionnés qui ont lieu en France et en Italie autour du port du voile en classe et du crucifix affiché dans les écoles en sont la preuve.

1. Les manuels de l’Enbiro peuvent être commandés sur le site www.enbiro.ch

2. Rouiller, C., Le principe de la neutralité confessionnelle relative, in Pratique juridique actuelle, 8/2003.

3. Op.cit. page 948.

4. Voir «Le Temps», 15 novembre 2003 et 16 janvier 2004.

5. Voir «Le Temps», 4 février 2004.

6. Voir «Le Temps», 8 janvier 2004.






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